L’autorité du style
et la clôture du champ littéraire
Lundi 23 septembre / 19 h
Il faut, dès lors, interroger la double
légitimation du
Musée imaginaire
: comme
littérature manipulant un certain savoir
et
comme savoir littérairement formulé. Il
faut se demander si les « grandes idées » de
Malraux sur l’art forment véritablement une
philosophie, et si le savoir dispensé dans ses
albums relève véritablement d’une histoire de
l’art. Pourquoi Malraux a-t-il été tout à la fois
un grand utilisateur et un grand contempteur
de l’histoire de l’art en tant que discipline
scientifique ? Faut-il en rester au jugement
sévère d’Ernst Gombrich qui disait de Malraux
« Il n’argumente pas, il proclame » ? Regarder
une œuvre d’art, pour Malraux, fut sans doute
quelque chose comme un acte inspiré : d’où le
grand «dialogue intérieur » qui court tout au
long de ses livres sur l’art, d’où que Malraux
se place constamment au centre de sa propre
entreprise esthétique. Cela donne ce ton
océanique et souverain qui nous propose un
« savoir absolu» légitimé par sa propre autorité
littéraire…mais par-delà toute modestie
et, même, toute précision dans l’exercice du
savoir. Tel serait le paradoxe inhérent à la
connaissance des images que nous propose
Le Musée imaginaire
.
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André Malraux,
Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale
,
Paris, Gallimard, 1952,
fig. 318-319 (art japonais de l'époqueTempyo)
Le trésor des chefs-d’œuvre
et la clôture du champ
esthétique
Jeudi 26 septembre / 19 h
Le Musée imaginaire
aura fini par poser l’art
comme un absolu, une chose de toute éternité.
Malraux ne cessera plus de se poser en « grand
témoin humaniste » de l’universalité de l’art,
de sa «présence éternelle » comme il aimait
dire. Bref, l’ouverture expérimentale aura fait
place à une clôture – aussi « grande », aussi
majestueuse soit-elle – métaphysique. Il sera
intéressant, dans ce contexte, de rappeler les
principales réactions suscitées par la publication
des volumes de la
Psychologie de l’art
ou des
Voix du silence
: il y a, bien sûr, la réponse
polémique de Georges Duthuit et de son
Musée
inimaginable
. Il y a aussi l’analyse remarquable
consacrée par Maurice Blanchot aux positions
esthétiques du
Musée imaginaire
: à l’hommage
et à l’admiration feront place, de façon très
subtile, une critique du «privilège exorbitant »
accordé par Malraux à cette chose hyperbolique
qu’est, pour lui, « l’Art ». En rappelant, de
façon très dialectique, que l’homme également
« se défait selon son image », Blanchot s’engage
– à l’instar de son ami Georges Bataille – dans
une vision paradoxale de l’image comme
objet de «dépouille ». Façon de retrouver
les intuitions de la revue
Documents
dont
Le
Musée imaginaire
reprendra bien des exemples
tout en inversant leur usage argumentatif.
Façon, aussi, de comprendre ce qui aura pu
différencier profondément la tentative de
Malraux (fondée sur une pratique de l’album)
et celle d’Aby Warburg (fondée sur une
pratique de l’atlas).
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Georges Duthuit,
Le Musée inimaginable
, Paris, José Corti, 1956,
III, pl. 36-37 (art japonais, Georges Seurat)
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