Georges Didi-Huberman
«Car le Beau n’est rien d’autre que
ce début de l’horrible qu’à peine nous pouvons encore supporter,
Et nous le trouvons beau parce qu’impassible il se refuse
à nous détruire. »
Rainer Maria Rilke, Première Élégie de Duino (1912),
trad. J.-P. Lefebvre,
Œuvres poétiques et théâtrales
,
éd. G. Stieg, Paris, Gallimard, 1997,
p. 527 (cité par Chris Marker dans Immemory, 1997)
«Car il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps
un témoignage de barbarie. »
Walter Benjamin, «Sur le concept d’histoire» (1940),
trad. M. de Gandillac revue par P. Rusch,
Œuvres, III
,
Paris, Gallimard, 2000, p. 433
La grande fécondité du «Musée imaginaire » par rapport au musée
traditionnel ne tient-elle pas à sa capacité pratique, technique, de faire
se
rencontrer
enfin des objets très éloignés dans l’espace ou dans le temps ?
«Le musée était une affirmation, écrit Malraux, le Musée imaginaire
est une interrogation. » Une interrogation à laquelle il n’aura pas tardé
à fournir lui-même toutes les réponses, non seulement en écrivant
la somme textuelle de sa vaste expérience de l’art universel, mais encore
en réalisant les montages visuels
expérimentaux
de son «Musée imaginaire ».
Et cela par le biais d’une utilisation de toutes les ressources, formelles
et rhétoriques, dont la photographie est capable pour faire de sa nature
de
document
, de prélèvement ou d’enregistrement, un véritable outil de
révélation
, de persuasion ou de certitude… Il suffit, pour cela, d’un montage
approprié. Ce qui caractérise d’abord les albums d’André Malraux, c’est
donc une stratégie quant à la
succession des images
, succession à travers
laquelle se racontera toute l’histoire – historique ? fictionnelle ? – de l’art
mondial. Mais selon quelle idée, selon quelle politique de la « culture » ?
Toute la question est là.
Georges Didi-Huberman
Ouvrages de référence de Georges Didi-Huberman
•
Invention de l’hystérie. Charcot et l’iconographie photographique de la Salpêtrière
, Paris, Macula, 1982
(éd. augmentée, 2012)
•
La Peinture incarnée
, Paris, Les Éd. de Minuit, 1985
•
Devant l’image. Question
posée aux fins d’une histoire de l’art
, Paris, Les Éd. de Minuit, 1990
•
Fra Angelico – Dissemblance et
figuration
, Paris, Flammarion, 1990
•
Ce que nous voyons, ce qui nous regarde
, Paris, Les Éd. de Minuit,
1992
•
La Ressemblance informe, ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille
, Paris, Macula, 1995
•
L’Empreinte
, Paris, Éd. du Centre Georges Pompidou, 1997
•
Phasmes. Essais sur l’apparition
, Paris,
Les Éd. de Minuit, 1998
•
Ouvrir Vénus. Nudité, rêve, cruauté (L’Image ouvrante, 1)
, Paris, Gallimard,
1999
•
Devant le temps. Histoire de l’art et anachronisme des images
, Paris, Les Éd. de Minuit, 2000
•
L’Image survivante. Histoire de l’art et temps des fantômes selon Aby Warburg
, Paris, Les Éd. de Minuit,
2002
•
Ninfa moderna. Essai sur le drapé tombé
, Paris, Gallimard, 2002
•
Images malgré tout
, Paris,
Les Éd. de Minuit, 2004
•
L’Image ouverte. Motifs de l’incarnation dans les arts visuels
, Paris, Gallimard,
2007
•
L’Œil de l’histoire, 1-4
, Paris, Les Éd. de Minuit, 2009-2012.
[…]
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Georges Didi-Huberman
dans une salle du parcours sur
l'Orient méditerranéen dans
l'Empire romain au Louvre
Historien de l’art et philosophe,
Georges Didi-Huberman enseigne
à l’École des Hautes Études
en Sciences Sociales (Paris).
Il a séjourné et enseigné dans
de nombreuses institutions
internationales, notamment
en Italie, aux États-Unis et en
Grande-Bretagne, en Allemagne
et au Japon. Les réflexions
qu’il poursuit, amples par les
enjeux soulevés, ont nourri
les expositions dont il a été
le commissaire, en particulier
«L’Empreinte» au Centre Georges
Pompidou (1997), «Fables du
lieu» au Fresnoy-Studio national
des Arts contemporains (2001),
«Atlas» au Museo Nacional
Centro de Arte Reina Sofía
de Madrid (2010) puis au ZKM
de Karlsruhe et à la Sammlung
Falckenberg de Hambourg (2011)
et, récemment, «Histoires
de fantômes pour grandes
personnes» et «Atlas, suite»
avec Arno Gisinger (au Fresnoy
en 2012, au Museu do Arte de
Rio de Janeiro en 2013). Au fil
de la quarantaine d’ouvrages
sur l’histoire et la théorie
des images qu’il a publiés,
s’est construite une approche
transdisciplinaire qui fait
se recroiser les dimensions
historiques, anthropologiques,
psychiques, poétiques et
politiques des images.