Trajectoire_2025
95 Bilan d’activité - 2025 elle a achevé L’Ami (d’après Titien) , une gravure à la chalcographie du Louvre, inspirée de L’Homme au gant de Titien. Son œuvre a rejoint les collections du dépar- tement des Arts graphiques. Avec L’Ami (d’après Titien) , Elizabeth Peyton renoue avec de multiples aspects du Louvre. Entre création et reproduction, la gravure rappelle ce Louvre moderne dont les collections royales se démocratisent en images reproductibles, ré-interprétables et mobiles. Telle une graveuse d’interprétation du 19 e siècle, Elizabeth Peyton s’inspire d’un chef-d’œuvre de Titien, brossant le portrait d’un jeune homme à l’élé- gance mystérieuse et lointaine. Depuis les années 1990, l’artiste a exploré de nom- breuses variations de l’estampe : eaux-fortes, lithogra- phies, gravures sur bois et monotypes. Bon nombre de ses gravures restituent la vigueur de sa technique picturale et jouent avec la matérialité de sa palette. Ses estampes plus récentes flirtent toutefois avec la disparition du motif, versant presque dans le registre de l’abstraction, comme en témoigne la plaque qu’elle signe au Louvre dont la couleur dominante déréalise la figure. Pour ce faire, Elizabeth Peyton a utilisé la technique du vernis mou, qui produit un effet de trait crayonné, spontané et jeté, proche de la gestualité pour laquelle l’artiste est connue. L’Ami (d’après Titien) célèbre l’éclosion d’un visage, la frondaison d’un nouveau regard, offrant une oppor- tunité non pas de revoir ou de revisiter l’œuvre de Titien, mais de s’en rapprocher. Cette gravure, ami- cale, montre combien la technique peut être à la fois un art de « l’après » et de « l’auprès ». Question à Donatien Grau, conseiller pour les programmes contemporains du musée du Louvre Vous menez des projets qui sont pensés comme une politique de relecture du musée comme patrimoine. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche ? Le contemporain, ce n’est pas « mettre de l’art contemporain dans les salles », en pensant que cela va « rajeunir » l’image d’une institution. Ce n’est pas une pensée de l’événement, qui, face au temps long du Louvre, semble bien pâle et, surtout, éphémère. C’est un effort, constant et collectif, de relecture du musée. Cet effort est par définition même réflexif : il fait du musée sa propre matière. Il est plastique : il ne se laisse pas limiter ou résumer par une action. Il est programmatique : il doit, dans une juste économie de moyens, dire quelque chose de fondamental du musée. C’est pour cette raison que les initiatives de cette nature au musée du Louvre portent l’intitulé de « programmes contemporains ». Ces programmes sont tournés vers les publics : ils doivent apprendre, à des publics variés, quelque chose de neuf du musée. Pour cela, les formats changent et sont adressés à chaque fois à des publics différents. Quand Kader Attia présente ses idées sur le musée à l’auditorium, il parle trois fois à quatre cent cinquante personnes, et à la diffusion en ligne ; quand les conservateurs du Louvre dialoguent avec Jean de Loisy sur, à chaque fois, une œuvre des collections, dans des podcasts diffusés avec et sur France Culture, ce sont des centaines de milliers de personnes ; de même quand nous présentons dans les salles une nouvelle commande de Marlene Dumas qui sera vue par des millions de visiteurs. Chaque initiative doit être ciblée et étendre le sens. Ces programmes sont également collaboratifs : nous travaillons avec des partenaires, locaux, territoriaux et internationaux, que ce soient les Beaux-Arts de Paris, pour l’accueil et le création de l’atelier de Julien Sirjacq et Tristan Garcia ; la Cité internationale des arts, pour l’exposition «En présence de tous les êtres » ; le Centre Pompidou-Metz, pour l’exposition «Copistes » ; France Culture, que j’ai mentionnée ; The Brooklyn Rail , pour la diffusion du séminaire de Kader Attia ; et bien d’autres, notamment pour ces « coéditions d’éditeur », avec des éditeurs choisis, en vue de créer, par le Louvre, une bibliothèque d’études muséales qu’aucune institution nationale ou internationale n’avait ainsi portée.
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