louvre
louvre


Vous êtes ici: AccueilPierres dures, gemmes et ivoire

Pierres dures, gemmes et ivoire en Inde moghole

La marqueterie de pierres dures est une tradition locale ancienne. Cette technique raffinée que les chroniqueurs perses et moghols désignent par parchîn kârî, atteint l’excellence sous le règne de Shah Jahan avec des incrustations dans le marbre ou le grès de minces sections de pierres dures ou semi-dures en forme de lianes et d’arabesques florales. Dans les années 1656-1668, le français François Vernier lors de son voyage en Inde décrit dans une lettre qu’il adresse à M. de La Mothe Le Vayer en 1663 le mausolée construit par l’empereur Shah Jahan pour sa femme Mumtâz Mahal ; il évoque la perfection de l’architecture et l’opulence des décors floraux de marbre blanc incrusté de jade, de jaspe et autres pierres précieuses.
Parmi ces pierres dures utilisées pour le décor du Taj Mahal, mais aussi dans des palais et bâtiments impériaux en Inde et dans les régions voisines, on trouve de l’ambre jaune birman, du lapis-lazuli afghan, de la néphrite provenant du Turkestan chinois, de la cornaline, de l’agate, de l’améthyste, du jaspe, du béryl vert, de la calcédoine, de l’onyx et du corail en provenance des différentes régions de l’immense sous-continent indien.

Les pierres précieuses et semi-précieuses ornent également la vaisselle impériale, les écritoires, les miroirs, les huqqas, les armes, les selles royales et même des trônes d’or et d’argent. Le cristal de roche est particulièrement prisé mais aussi le jade. Ces matériaux très durs sont taillés à la poudre de diamant. Boîtes et plumiers, pieds et embouchures de huqqa, manches de dagues, bagues d’archers, bols et coupes fabriqués dans la seconde moitié du XVIIe siècle dans des ateliers moghols (karkhâna) en jade, ou plus exactement en néphrite et jadéite importées des villes de Kashgar et de Khotan, sont incrustés de pierres précieuses, principalement des émeraudes, des diamants, des rubis et des spinelles, enchâssées dans de l’or pour composer des motifs floraux stylisés. On prêtait au jade de nombreuses vertus : il prolongeait la vie voire apportait l’immortalité ; il favorisait les victoires militaires (d’où son nom de « pierre de victoire »). Le jade était considéré comme le matériau le plus approprié pour fabriquer des armes comme par exemple les poignée d’armes d’apparat utilisées uniquement lors de cérémonies, sculptées en forme de tête de cheval, de bélier, d’antilope, de lion ou de faucon, toujours d’une expressivité remarquable. Ce répertoire de motifs animaliers est attesté dès la seconde moitié du règne de Jahangir, et prend une importance particulière sous l’empereur Shah Jahan.

Le travail de l’ivoire est une tradition qui remonte à l’antiquité. A l’époque moghole, il est utilisé pour la structure et le décor de coffres et de coffrets, ainsi que pour des poignées de dagues, des flasques et des cornes à poudre ; celles-ci portent un décor zoomorphe très vivant qui mêle différents oiseaux et animaux (éléphants, lions, singes, buffles, béliers, antilopes et lièvres), mais aussi des bêtes hybrides et imaginaires ; ces scènes animalières exubérantes sont principalement des scènes de chasse empruntées au répertoire iconographique des miniatures mogholes, décor que l’on retrouve également sur les tapis moghols de la fin du XVIe siècle-début du XVIIe siècle. Certaines cornes à poudre en ivoire étaient visiblement dorées et colorées, et les yeux des animaux étaient parfois incrustés d’ambre et de pierres précieuses ou semi-précieuses.

Les plantes et de fleurs prédominent dans le répertoire décoratif de l’Inde moghole. Le traitement naturaliste quoique subtilement stylisé des fleurs, ainsi que l’équilibre et la symétrie de la composition, sont emblématiques du goût moghol aux XVIe et XVIIe siècles, période où le motif floral devient un leitmotiv qui imprègne tous les arts de la cour (arts du textile, les arts décoratifs, les arts du livre, architecture). La fascination pour les motifs floraux remonte au règne de l’empereur Jahangir qui lors d’un voyage de Jahangir au Cachemire en 1620 découvre avec ravissement la variété et la profusion de la flore locale, qu’il prend par la suite l’habitude de décrire en ces termes : « un jardin où le printemps règne éternellement » ; pendant ce voyage, le monarque s’est fait accompagner de l’un des plus grands maîtres de l’atelier impérial de peinture, le peintre animalier Ustâd Mansûr Nâdir al’Asr, qui réalisa à la demande du souverain plus d’une centaine d’études de fleurs, dont seuls trois précieux exemples sont encore conservés. Ce ravissement poétique devant la flore luxuriante du Cachemire est renforcé par la découverte d’herbiers européens, apportés à la cour moghole par des missionnaires jésuites et des agents de l’East India Company.

L’influence des herbiers européens sur la peinture florale moghole est sensible dans la précision du dessin, dans le souci des détails botaniques, et dans la présence de papillons et de libellules voletant au-dessus des corolles et des feuillages. Cependant les artistes moghols, qui connaissaient les œuvres persanes, remplaçaient souvent ces insectes par de petits nuages chinois contournés (t’chi), que l’on considère en Chine comme les véhicules des dieux, et dont l’art perse a fait un motif décoratif. Comme le souligne si justement M. L. Swietochowski, la disposition régulière des fleurs et des bouquets en marge des miniatures mogholes rappelle le décor de certains Livres d’heures des XIVe et XVe siècles, et plus encore les bordures de gravures religieuses flamandes.


Coffret Coffret
MAO 2039
© RMN / Berizzi
Miroir Miroir
R. 451
© RMN / Blot
Support Support
MAO 769
© RMN / Berizzi
Corne à pulvérin Corne à pulvérin
MAO 716
© RMN / Berizzi
Corne à poudre Corne à poudre
R. 437
© RMN / Berizzi
Coffret à décor floral Coffret à décor floral
MAO 1188
© Musée du Louvre / C. Tabbagh
Ecran de fenêtre (jali) à décor de treillis et de fleurs Ecran de fenêtre (jali) à décor de treillis et de fleurs
MAO 2045
© Musée du Louvre / H. Bréjat