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Métaux et armes : interactions régionales et spécificités locales

Les objets en métal et les armes qui furent produits entre le XVIe et le XVIIe siècle dans les Empires Ottoman, Safavide et Moghol montrent de nombreuses caractéristiques communes ; ceci est particulièrement vrai pour les productions iraniennes et indiennes qui montrent bien souvent des affinités typologiques et un répertoire décoratif comparable.
Certains alliages ou traitements de surface, en revanche, sont spécifiques à une région comme les alliages de zinc incrustés d’or, d’argent ou de cuivre en Inde (dits bidri) et les objets en alliage de cuivre dorés au mercure dans l’Empire ottoman (dits tombaks).

Une des particularités communes aux trois empires, c’est qu’ils ont tous été témoins de la disparition des objets en alliage de cuivre incrusté de métaux précieux (or et argent) pendant les premières décennies du 16e siècle. Dans le domaine indo-persan, les incrustations de métal sont désormais remplacées par des incrustations de pâtes colorés, en général noires, qui se détachent sur le fond jaune d’or ou brun-rouge du métal. Le répertoire ornemental est essentiellement dominé par des motifs végétaux et calligraphiques, plutôt que des compositions figuratives.
L’or et l’argent sont toujours être employés sur les alliages ferreux (acier) à partir desquels sont confectionnées les armes et les armures, les incrustations de métal (damasquinures) connaissant un essor tout particulier dans les trois empires.

La production Indo-persane

Les chandeliers, aiguières ou seaux de bains (bassins) utilisés en Inde et en Iran, ont été en général moulés et possèdent des formes et décors très semblables. Leur répertoire ornemental s’inspire de l’art du livre (reliures et enluminures). Ce goût et ce répertoire ornemental commun est issu en partie de l’art timouride, de modèles développés en Inde au 16e siècle par l’entremise d’artistes iraniens travaillant à la cour moghole, et une tradition locale indienne encore mal étudiée .

Quelques rares objets portant le nom d’un personnage identifié ou la référence au quartier arménien d’Ispahan (Nouvelle Djoulfa), sont attribuables à des centres de production de l’Iran occidental. Les objets qui y sont produits semblent se caractériser par un travail de gravure très fin, des inscrustations qui adhèrent parfaitement à la surface, elle-même recouverte de fines hachures parallèles, obliques et très régulières. Mais nous manquons encore d’informations précises sur ces centres de production occidentaux tandis que l’activité de ceux situés plus à l’est, entre le Khurasan et le Pendjab, est bien attestée : les ateliers de Herat ont poursuivi leur activité après la conquête safavide ; nous savons d’après l’inscription d’un chandelier conservé à Mashhad (Iran) que la ville capitale de Lahore dans le Nord-Ouest de l’Inde était un centre de production durant la période moghole ; au XVIIe siècle, cette même ville est connue pour la production d’astrolabes et de globes. Une paroi plus mince pour les objets moulés, des hachures moins régulières, plus espacées, divergentes ou entrecroisées semblent caractériser ces productions de de l’Est de l’Iran et du Nord Ouest de l’Inde.

Les armes et armures fabriquées en Iran et en Inde répondent bien souvent aux même types formels tels l’armure tchahar aina, littéralement « à quatre miroirs », formés de l’assemblage de quatre plaques (frontale, dorsale et latérales), le casque à camail de forme hémisphérique ou la hache de selle (tabarzin). Mais le décor permet de les différencier et trahit bien souvent leur origine. Certains types d’armes sont cependant particuliers à une région, comme le talwar, sabre utilisé uniquement en Inde moghole.

Les bidri indiens

Le terme bidri vient du nom de la ville de Bidar dans le Deccan. Les premières traces écrites attestant que Bidar devient centre de production datent du début du XVIIIe siècle alors que les premiers objets remontent au tout début du XVIIe siècle. Les principaux centres de productions sont installés dans le Deccan mais aussi dans le Gujarat et le Rajasthan.

Les objets bidri les plus courants sont des bases de huqqa, boîtes à betel, aiguières et bassins, poids pour tapis. Ils sont moulés dans un alliage constitué à 87 % de zinc, auquel on ajoute du plomb, du cuivre et de l’étain Il semblerait que les métallurgistes indiens soient arrivés à isoler le zinc entre le XIVe et le XVe siècle (en Europe, on ne maîtrisera ce processus qu’au XVIIIe siècle). La surface est ensuite polie et recouverte d’une solution de sulfate de cuivre qui la noircit et gravée de motifs creusés dans la surface permettant l’incrustation de feuille ou fil de métal précieux (argent et plus rarement de l’or) ou d’alliage de cuivre (laiton). Puis on applique une pâte composée de chlorure d’ammonium, de nitrate de potassium, de chlorure de sodium ; ce mélange noircit la surface sans affecter l’incrustation. L’objet est enfin lavé et huilé.

Si dans les premiers temps, l’ornementation consistait en motifs architecturaux ou scènes figurées, dès le début du XVIIIe siècle prédominent les décorations végétales.

Le tombak ottoman

Il s’agit d’une technique pratiquée uniquement dans le monde ottoman. Le terme fait référence aux objets en cuivre ou alliage de cuivre (laiton) avec dorure au mercure. Le mot dérive peut être du terme « tambaga », cuivre en Malay.
La surface est nettoyée à l’acide puis à l’eau ; on y applique un amalgame d’une part d’or et six parts de mercure ; le mercure s’évapore lorsqu’on le chauffe.

De nombreux objets : lampes, brûle-parfum, bassins, aiguières ont été produits selon cette technique entre le XVIIe et le XIXe siècles, le plus souvent sans décoration ou dans certains cas des motifs végétaux ; ce sont des objets façonnés par martelage ce qui permet un grand éventail de forme et de traitement de surface : aux XVIIIe et XIXe siècle, apparaissent des décors d’ajours et au repoussé, puis des décor émaillés polychromes.


Bassin Bassin
MAO 722
© RMN / Berizzi
Flambeau Flambeau
Ucad 5603
© RMN / Berizzi
Armure dite "quatre miroirs" Armure dite "quatre miroirs"
OA 7544 a à d
© RMN / Lewandowski
Aiguière Aiguière
Ucad 17004
© RMN / Lewandowski
Gourde, poire à poudre (Matara) Gourde, poire à poudre (Matara)
K 3442
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