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Les arts du livre

Les Safavides

A l'aube de la prise du pouvoir par les Safavides (1502), l'art du livre connaît deux centres majeurs où des artistes exceptionnels réalisent de magnifiques manuscrits enluminés : à l'ouest, chez les Turcomans, le Sultan Muhammad est l'un des artistes principaux de la cour de Tabriz tandis qu'à Herat, le peintre Behzad jouit d'une immense renommée.

Les Safavides développent un très important atelier royal à Tabriz où sont réalisés des manuscrits splendides ("Livre des Rois" de Ferdowsi, etc.) et confient à Behzâd la charge de "prévôt" des peintres. Tabriz, Herat et Shirâz - où voit le jour une production très abondante destinée à un large public - sont les principales villes où fleurissent des centres de copie de manuscrits et des écoles de peintures.

Après 1550, le mécénat décline à Tabriz, mais Qazvin, nouvelle capitale de l'Iran, voit se développer un nouvel atelier royal. Peu après, dans la province du Nord-Est, le Khorassan, à partir de 1570, autour de Mashad et de Herat, une pléiade d'ateliers profite du rayonnement du mécénat du prince Ibrahim Mirza. Le Khorassan est voisin du sultanat Uzbek de Bukhara, où une école très féconde, sous la protection des Shaïbanides, développe un style propre dans la tradition timouride de Hérat.

Le XVIe siècle voit une évolution très importante des styles : un goût croissant pour les scènes de genre et les oeuvres isolées ; un renouvellement des sources d'inspiration et des techniques.

A partir de 1598, le shah 'Abbâs Ier "le Grand" (1587-1629) décide de transférer la capitale de son royaume de Qazvin à Ispahan. Il décide aussi de développer le commerce et l'artisanat et d'ouvrir son royaume vers l'Europe. L'Iran connaît alors de profondes transformations. Dans le domaine de la peinture, l'activité traditionnelle d'illustration de manuscrits de textes littéraires cède un peu le pas à la peinture de portraits ou de scènes de genre destinés à des albums. A la suite de Sâdeqi qui avait dirigé les ateliers royaux, ses successeurs - et notamment le très fameux Rizâ 'Abbâsî qui sera le premier directeur des nouveaux ateliers d'Ispahan actifs à partir de 1603 - essaieront d'intégrer l'apport nouveau de la gravure européenne (qui souvent arrive en Iran à partir de l'Inde) dans le dessin et la peinture iraniens traditionnels.

A part des centres provinciaux comme Shirâz - qui est en déclin - et Herat, qui connaissent une certaine activité, à l'instar de l'école de Bukhara en Uzbekistan, on peut affirmer que le XVIIe siècle est essentiellement le siècle de l'"école d'Ispahan", avec un certain nombre de peintres marquants comme Rizâ, Mu'in, Shafi', 'Ali-Quli Jabbadâr et Muhammad Zamân, le plus européanisant. Il faut souligner les rapports que les artistes de cette école entretiennent ceux qui peignent les fresques des palais (certains artistes ayant exercé leurs talents dans les deux domaines) et ceux qui réalisaient les décors des textiles et des céramiques.

Les Ottomans

Pendant les premières années du règne de Soliman, plusieurs ateliers de la cour sont dirigés par des maîtres persans; l'académie des peintres ottomane (nakkaşhane) s'inspire d'exemples timurides mais très vite, se créée une peinture typiquement ottomane, empreinte de puissance, de vitalité et d'un réalisme parfois poussé jusqu'à la caricature.

Dès le début du XVIe siècle, apparaît le style saz dont les racines remontent à la Chine et l'Asie intérieure. Les compositions saz ottomanes associent fleurs et feuilles minces, pointues, imbriquées les unes dans les autres souvent décrites comme des dagues (hançeri) ; on y retrouve des scènes mythologiques et des animaux sauvages, ainsi que les fées. C'est un artiste connu sous le nom Şah Kulu qui est l'initiateur de ce style.

Autour de 1540-50, un nouveau style de décoration inspiré par les fleurs cultivées dans les jardins du palais et nommé le style şükufe (fleur) commence à dominer le vocabulaire décoratif ottoman. Sa création est attribuée à Kara Memi, formé dans l'atelier de Şah Kulu, à qui il a succédé. Ce nouveau style ottoman fleuri apparaît dans toutes les formes d'art (carreaux, textiles, peintures murales, céramiques d'Iznik) à cette même période.

Le portrait dynastique devient une marque du pouvoir des sultans ottomans, en commençant par sultan Mehmed II (1451-1481) ; cette tradition se développe et se poursuit sans interruption jusqu'à la dissolution de l'Empire au XXe siècle. Mehmed a fait appel à des artistes italiens, qui créent des images dans leur propre style, servant de modèles pour les artistes locaux du palais d'Istanbul. Le célèbre portrait de Mehmed II peint sur papier est attribué à l'artiste Sinan Bey ou son élève Şiblizade Ahmed, tous deux connus comme peintres de portraits dans le palais ottoman. C'est un portrait hybride où se trouvent mêlés le réalisme des traits à l'italienne et les conventions timurides. Le portrait dynastique ottoman a été codifié à la fin du XVIe siècle, pendant le règne de Murad III (1574-1595).

Les Moghols

Les peintres invités par Humayun lors de son séjour en Iran étaient iraniens et travaillaient dans le style safavide. L'atelier qu'ils fondèrent comprenait beaucoup d'artiste d'origine indienne ; se créa alors un style particulier dont témoignent les grands manuscrits réalisés au temps d'Akbar, le Babur-nama et l'Akbar-nama. Les artistes décrivent la vie de cour, les scènes de la vie privée, la chasse, la guerre en un style narratif empreint de fougue et d'un dynamisme exacerbé. Traitées en couleurs acides, les pages sont peuplées d'une foule de personnages reconnaissables, coupés à mi-corps, portant des vêtements et des armes traités avec une grande minutie.

Des thèmes hindouistes et des éléments de l'iconographie chrétienne furent également adoptés. Sous les règnes suivants, le nombre de personnages diminue, les couleurs tendent vers le pastel et les artistes procèdent à des recherches sur la lumière et la perspective. Les portraits impériaux, parfois allégoriques, sont fort nombreux, tut comme le sont ceux des hauts personnages. Les peintres font les portraits d'animaux : béliers, chevaux ou plus exotiques pour l'Inde : zèbres, dindons ; ils s'intéressent également à une représentation naturaliste des fleurs, où l'influence européenne est assez marquée.


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