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Le Miracle des abeilles

Page du volume IV (6 volumes) du Siyar-e nabî de Murad III
Turquie, Istanbul, vers 1595
Gouache, encre et or sur papier
Folio : H. : 0,370 ; l. : 0,260 ; miniature : H. : 0,200 ; l. : 0,180
Musée du Louvre, don de la Société des Amis du Louvre
MAO 927

Il s’agit d’un épisode de la vie du prophète Muhammad : à la demande de son beau-père, `Alî, il ordonne à l'essaim d'abeille appartenant à Abbas, oncle du Prophète, de suivre son propriétaire et les premiers représentants de la communauté musulmane dans leur fuite (hégire) de La Mecque à Médine.
La composition de la page est très sobre, les à-plats de couleurs contrastés et puissants et, dans le ciel, les deux chefs de l'escadrille des abeilles sont en pointe comme le sont les guides de la communauté humaine. Il faut situer le Siyar-e Nabî de Murad III auquel appartient cette page dans le contexte de la production du nakkashhane impérial à une période - la fin du XVIe siècle - où l'art du livre ottoman atteint sans doute son apogée. La réalisation du Siyar-e Nabî a été ordonnée par Murad III (1574-1595) mais ne s'est terminée que sous le règne de Mehmed III (1595-1603) ; le volume IV a été achevé en 1594-1595 (1003 hégire). Copié par le calligraphe Mustafâ ibn Valî, ce volume - riche à l'origine de 158 ou 159 miniatures-, s'intégrait dans un manuscrit qui en comportait six et totalisait 814 illustrations.
Le texte turc, en prose, du Siyar-e Nabî - l'Histoire du Prophète - a été rédigé au Caire à la cour du sultan Barquq par un derviche mevlevi originaire d'Erzerum, Mustafâ ibn Yûsuf al-Erzerumi dit Zarir. Rédigé d'après le texte en arabe de Wâqîdî, il a été terminé en 1388.
Si le texte constitue la compilation et la réinterprétation de sources très diverses, les illustrations ne sont pas moins composites.
On ne peut connaître les noms de tous les calligraphes et peintres dirigés par le chef des peintres de la Cour, Lufti Abdullah. On repère néanmoins des compositions plus ou moins denses, des notations architecturales parfois très présentes ou, au contraire, des fonds laissés relativement nus, des plages de couleurs dans les mêmes tonalités - collines et montagnes bleutées, mauves, orangées, roses - et bien entendu, une concordance dans le style des calligraphies et dans le traitement des cartouches les contenant. Ainsi les choix de couleurs, le traitement des personnages tout comme celui des montagnes pourrait nous autoriser à rapprocher le Miracle des abeilles de la page montrant Moïse faisant, dans le désert, jaillir de l’eau d’un rocher pour désaltérer les tribus d’Israël pendant leur exode hors d’Egypte.

Le Miracle des abeilles
Le Miracle des abeilles
MAO 927
© RMN / Berizzi