
Ces carreaux portent un foisonnant décor floral composé de tiges et de fleurs diverses. Ils devaient appartenir à des ensembles de céramique de revêtement semblables à ceux des mosquées de Damas dont le décor végétal organisé autour de vases ou de cyprès s’étale librement sur un fond blanc ou bleu foncé. Les couleurs utilisées se retrouvent sur nombre de panneaux damascènes et s’inspirent de l’esprit des céramiques d’Iznik, bien que l’effet obtenu s’avère très différent : le rouge n’est pas posé en épaisseur et tire vers le brun, le bleu est plus transparent que celui utilisé par les potiers turcs et le vert olive très différent du vert émeraude caractéristique des productions impériales.
Les céramiques syriennes présentent une structure moins rigoureuse que les ottomanes et une impression de foisonnement. Les compositions souples s'adaptent aux contraintes architecturales au point de tordre les tiges et de faire ployer les corolles des fleurs. L’influence du style floral (şukufe), associé à l’enlumineur Karamemi et devenu signe particulier de l’art ottoman, y est très perceptible. Tulipes, œillets et cyprès fleuris évoquent nombre de panneaux turcs. Le motif de l’iris est tout particulièrement récurrent sur les panneaux syriens. Il est probablement véhiculé par l’art du livre ottoman, car le dessin de la fleur sur les céramiques présente les mêmes caractéristiques que celle représentée dans les ouvrages comme le Divan-i Muhhibi illustré par Karamemi en 1566, de même que dans d’autres inspirés de celui-ci, tel l’album Mundy, de 1618.