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Le sauvetage des lieux

par les grands artistes des années 1920

C’est l’annonce en 1926 de la destruction possible de

ce dernier qui mobilisa des admirateurs de l’artiste,

plus de soixante ans après son décès : cette vague

d’émotion fut à l’origine de la création du musée.

Conduite et fondée par Maurice Denis, la Société

des Amis d’Eugène Delacroix obtint, en 1929, que

l’atelier fût préservé. En 1932, la première exposition

ouvrait dans l’atelier de Delacroix, devenu musée

associatif. Le musée, ainsi, de manière tout à fait

singulière, se fonda en hommage à un des plus

grands peintres français, à l’initiative des grands

peintres de l’époque - aux côtés de Denis se

tenaient ainsi Henri Matisse, Paul Signac, Édouard

Vuillard -, d’historiens - comme André Joubin,

premier éditeur de la correspondance de l’artiste, ou

Raymond Escholier -, de conservateurs du Louvre

et de grands collectionneurs et amateurs, comme

le baron Vitta ou la comtesse de Waresquiel.

Placée sous le patronage du maréchal Lyautey, qui

découvrit le Maroc grâce aux objets rapportés par

Delacroix de son voyage en 1832 et légués à son ami

nancéen le peintre Charles Cournault, la Société

réunissait, alors, parmi les personnalités les plus

importantes du monde artistique.

Si les lieux avaient gardé la disposition de leur

illustre locataire, si son esprit demeurait, aucune

œuvre, aucun objet ne rappelait cette occupation.

Au moment de la création du musée, l’enjeu de la

collection fut, dès lors, crucial.

La donation à l’État

Le décès du propriétaire des lieux, en 1951,

contraignit la Société à se mobiliser à nouveau

pour acquérir les lieux alors mis en vente ; afin

d’emporter les enchères, elle céda une partie de ses

collections à l’État, pour lui faire don, ensuite, des

lieux. Curieusement, bien que l’acte de donation de

1953 précise qu’il conviendra d’y créer un musée

national consacré à Delacroix, ouvert au public, il

fallut attendre 1971 pour que

ce fût le cas. Dans l’intervalle,

la Société continua à gérer les

lieux, bien que la direction en

ait été assumée, de manière

bénévole, par le conservateur

en chef du cabinet des Dessins

du Louvre d’alors, Maurice

Sérullaz. Malgré l’engagement

de ce dernier, grand spécialiste

de l’artiste, cette ambiguïté de

statut ne permit sans doute pas

les meilleures conditions de

développement des lieux.

D’autant qu’elle se doubla d’une ambiguïté à l’égard

de la collection ; la vente en 1952 des œuvres réunies

par la Société à l’État pour permettre la donation

- la formule alors choisie fut particulièrement

complexe et demeure inexpliquée - eut, et a

toujours, pour conséquence l’inscription des

œuvres sur les inventaires du département des

Peintures et de celui des Arts graphiques du musée

du Louvre ; le musée Delacroix n’ayant pas alors

d’existence administrative comme musée national.

Cette collection échappa alors à la gestion du musée

Delacroix, alors qu’elle avait été rassemblée pour le

lieu, en hommage à l’artiste.

Le président de la République Albert

Lebrun inaugure la première exposition

du musée Delacroix en juin 1932

bilan historique et institutionnel