Previous Page  8 / 44 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 8 / 44 Next Page
Page Background

8

Les grandes étapes

de l’histoire du lieu

Très tôt remarqué par la critique pour la puissance

et l’invention de ses œuvres, Ferdinand-Victor-

Eugène Delacroix (1798-1863) est un artiste

majeur du XIX

e

siècle. Peintre emblématique de

l’école romantique, il sut dépasser sa formation

classique pour se renouveler et imprégner la

plupart de ses œuvres d’une inspiration littéraire

féconde. Lié à beaucoup des grands écrivains,

peintres et musiciens de son temps, il fut un des

grands acteurs de la vie artistique de la première

moitié du XIX

e

siècle. Il fut et demeure un peintre

très admiré par les artistes, qui célèbrent en lui

la qualité de son œuvre singulière comme son

engagement à l’idéal artistique.

En décembre 1857, abandonnant l’atelier de la

rue Notre-Dame-de-Lorette où il se trouvait

depuis 1844 afin de se rapprocher du chantier des

peintures murales de l’église Saint-Sulpice, Eugène

Delacroix s’était installé dans cet appartement du

6, rue de Furstenberg, après huit mois de travaux

importants, consacrés à la construction de l’atelier

à l’arrière de l’immeuble et à la rénovation de

l’appartement.

Depuis 1822, le peintre avait exposé presque

chaque année au Salon ; aucun de ses envois n’était

passé inaperçu, suscitant autant, sinon plus, de

commentaires acérés que d’éloges vibrants. Par

ailleurs, la plus grande partie de sonœuvre décorative

était alors achevée : au palais Bourbon (salon du

Roi et bibliothèque), au palais du Luxembourg

(bibliothèque), au Louvre (plafond de la galerie

d’Apollon), à l’Hôtel de Ville (salon de la Paix).

L’arrivée de Delacroix rue de Furstenberg marqua

l’ultime étape d’une vie consacrée à la peinture,

dans des lieux dont la disposition avait été choisie,

avec soin, par l’artiste. Son installation rive gauche,

liée à la commande pour Saint-Sulpice, fut, très

certainement aussi, motivée par son élection, enfin,

après six tentatives infructueuses, à l’Académie des

beaux-arts. La proximité de l’Institut lui offrait

de se rendre aisément aux séances. Il retrouvait là,

également, le quartier de sa jeunesse, à proximité

de l’atelier qu’il avait partagé, autour de 1823, avec

son ami anglais Thales Fielding.

Dans l’atelier de la rue de Furstenberg, il peignit les

œuvres exposées au Salon de 1859, le dernier Salon

auquel il participa, notamment

Rebecca enlevée par

le Templier

et

Hamlet et Horatio au cimetière

(tous

les deux au Louvre). Mais Delacroix voulait aussi - et

surtout - avancer les peintures de «sa» chapelle - la

chapelle des Saints-Anges à l’église Saint-Sulpice -,

qu’il reprit dès le mois de mai 1859. La chapelle

fut inaugurée le 22 juillet 1861. Les deux dernières

années de sa vie, Delacroix, épuisé par lamaladie, se

dédia à des œuvres commandées par ses marchands

ou collectionneurs. Le peintre s’éteignit, place de

Furstenberg, le 13 août 1863.

Locataire des lieux, loin d’avoir envisagé, comme le

fit ensuite Gustave Moreau, la création d’un musée

dédié à son œuvre, Delacroix, mort célibataire et

sans enfants, avait disposé dans son testament

que l’intégralité du contenu de son atelier devait

être vendue, hormis quelques portraits et pièces à

choisir qu’il léguait à ses proches. Conformément

à ses volontés, une vente après décès fut ainsi

organisée à Paris en février 1864.

À la mort de Delacroix en 1863, l’appartement

vidé de son contenu fut restitué au propriétaire de

l’immeuble, comme l’atelier que l’artiste avait fait

construire dans le jardin. Toutes les possessions

du peintre, les milliers de dessins retrouvés dans

l’atelier y compris, furent, ainsi, conformément à

ses volontés, données ou vendues. L’appartement

et l’atelier, vides, virent différents occupants se

succéder, pendant près de soixante ans.

Eugène Delacroix

s’installe place de Furstenberg

Place de Furstenberg, mai 2016