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Le musée national

Devenu musée national en 1971, service à

compétence nationale, le musée Delacroix dépendit

de la Direction des musées de France, avec une

autonomie limitée ; son personnel était très peu

nombreux, ses investissements limités. Ce fut alors

que l’appartement s’intégra peu à peu à l’espace

muséal, pour une partie, et à l’espace administratif,

pour une autre. Le directeur demeura un

conservateur du Louvre, qui exerça sa mission

à titre bénévole et en marge de son occupation

principale au sein du département des Arts

graphiques. Arlette Sérullaz, spécialiste comme

son époux de Delacroix, lui succéda.

En 1992, l’acquisition, grâce à la Réunion des

musées nationaux, d’une partie de l’appartement

mitoyen de celui qu’occupait le peintre, permit

la création d’un nouvel espace d’accueil et de

vente au premier étage. Le musée avait été inscrit

à l’inventaire supplémentaire des Monuments

historiques le 18 mars 1991. Cette installation fut

l’occasion d’une rénovation partielle des lieux, dans

un esprit visant à souligner la notion de lieu de

mémoire. Gommant en partie l’esprit de fondation

du musée, la rénovation, en cherchant à retrouver

artificiellement un lieu de vie qui n’existait plus,

créa une certaine confusion en ne permettant

pas de rappeler et affirmer l’identité singulière

du musée Delacroix, atelier d’un grand artiste

sauvé par de grands artistes. Une occasion fut ici,

partiellement, manquée.

En 2002, la transformation de la société initiale

en Société des Amis du musée Eugène-Delacroix,

après le décès de celle qui en avait été la cheville

ouvrière pendant plusieurs décennies, Gisèle

Polaillon, souligna à nouveau la nécessité

impérieuse d’une collection propre au musée

Delacroix. Généreusement, l’association nouvelle

donna plus de cinq cents œuvres et objets au musée ;

parmi eux, des ensembles hérités de la première

société : ainsi, les pierres lithographiques de la suite

Hamlet ou les objets rapportés par le peintre de son

voyage au Maroc.

En lien avec la révision générale des politiques

publiques, la décision fut prise en 2003 de rattacher

le musée Delacroix à l’Établissement public du

musée du Louvre (EPML). Elle fut effective au

1

er

janvier 2004. Dès 1991, le rattachement au

Louvre avait été envisagé, avec l’avis favorable de

Michel Laclotte.

Cette mesure était avant tout la traduction d’une

ambition de rationalisation administrative ;

cependant, elle a également officialisé une longue

histoire commune entre les deux institutions,

malgré et au-delà de leurs différences.

Si présent au sein des collections du Louvre dont

ses œuvres sont un des fleurons des collections XIX

e

du département des Peintures et du département

des Arts graphiques, Delacroix bénéficia, ainsi,

à titre posthume, du privilège de voir son atelier,

dernier refuge et lieu de création qu’il aimait tant,

rejoindre le Louvre.

Grâce à ce rattachement couplé à l’engagement de

la nouvelle Société des Amis, et de ses membres,

la collection du musée s’est enrichie de près de

quatre cents œuvres et documents, depuis 2002.

Associant peintures, dessins, manuscrits, estampes,

autographes d’Eugène Delacroix, elle se distingue

par son unicité, offrant une vision singulière de la

création de l’artiste, peintre, graveur et écrivain. Le

développement de la politique d’acquisition est une

des conséquences les plus heureuses du lien avec le

Louvre. Grâce au soutien de l’Établissement public

du Louvre, le musée Delacroix a été et est à même

d’enrichir ses collections de manière déterminante.

Malgré ces atouts, le rattachement au musée du

Louvre demeure, en partie, inachevé. On ne saurait

en effet passer sous silence les interrogations qu’il

a fait naître au sein du Louvre comme au musée

Delacroix. Sa mise en œuvre s’est effectuée en

opportunité, sans réflexion approfondie de part et

d’autre, sans réellement penser la singularité du

musée Delacroix, ni la manière de le mettre en

valeur ou d’en faire profiter le Louvre. La chance

de le faire aujourd’hui n’en est que plus grande.

Les écueils liés aux différences majeures de nature,

de taille, d’histoire, de collections, d’emplacement,

n’ont ainsi pas pu être évités. Les liens entre les

équipes se sont établis d’autant plus difficilement

qu’une nouvelle organisation du musée et de ses

liens avec le Louvre ne fut pas pensée. L’autonomie

de l’équipe du musée Delacroix se transforma peu

Le rattachement au Louvre