La tradition biblique

Bien que l’épisode de la tour de Babel dans la Genèse (Gn 11: 1-9) ait grandement contribué à la célébrité de Babylon, les récits des livres historiques et prophétiques sont centrés essentiellement sur l’épisode de la déportation des Hébreux à Babylone, par Nabuchodonosor II (Nabû-kudurri-usur) après la prise, puis la destruction de Jérusalem en 597 et 587 av. J.-C. : “ Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ”, dit le “ Chant de l’exilé ” (Ps. 137), évoquant la captivité. Le 2e Livre des Rois composé au temps de l’Exil (puis celui des Chroniques), et les prophéties de Jérémie et d’Ezéchiel furent rédigés dans le but de faire comprendre au peuple élu que Babylone était l'instrument de la colère de Dieu contre son peuple infidèle.
La malédiction lancée par Jérémie, exprime l’attirance que même les ennemis de la grande ville éprouvaient à son égard : “ Babylone était une coupe d'or aux mains de Yahvé, elle enivrait la terre entière, les nations s'abreuvaient de son vin c'est pourquoi elles devenaient folles. ... Au bruit de la chute de Babylone, la terre tremble, un cri se fait entendre parmi les nations. ” (Jr, 51). Jérémie analyse la situation politique, les relations entre Babylone et le royaume de Juda, avec lucidité. Ezéchiel, prêtre du temple de Jérusalem, a vécu en Babylonie. Outre des souvenirs historiques, discernables au milieu des présages et des anathèmes contre le roi de Babylone, il transmet quelques informations sur le niveau de raffinement de la société babylonienne. Isaïe (le second) prophétise entre 550 et 520 av. J.-C., sous le règne de Nabonide (Nabu-na’id), dernier roi de la dynastie néo-babylonienne, et au début de l'empire perse. Il prophétise la chute de Babylone, le retour des exilés et la restauration de Jérusalem.
Les récits plus récents sont historiquement moins précis non seulement en raison de de l'éloignement dans le temps, mais aussi de façon délibérée. En effet, ils tendent à faire de l'adversaire de toujours l'archétype de l'ennemi du peuple élu et de la démesure. Le début du Livre de Daniel raconte la vie édifiante de Daniel, devin à Babylone au temps de l'exil. Il attribue à Nabuchodonosor des actes de Nabonide. Le livre est à dater probablement du IIe siècle av. J.C., mais l’auteur emprunte à des traditions plus anciennes; il donne notamment des informations sur les devins qui interprètent un rêve du roi de Babylone. Nabuchodonosor devint ainsi un personnage mythique, le symbole de l'ennemi historique.
Au Ier siècle de notre ère, a lieu l'assimilation de Babylone avec Rome, responsable de la destruction du temple de Jérusalem en 70. L'Apocalypse de Jean annonce la chute de cette nouvelle Babylone et la métaphore de Babylone, la ville maudite, devitnun des leitmotive du mythe de Babylone.

La tradition classique

Des auteurs classiques, grecs et latins, tous postérieurs à l’apogée de Babylone sous l'empire néo-babylonien et le règne de Nabuchodonosor II, ont décrit une Babylone de légende. Bien que les informations d'ordre historique, soient déformées, leurs écrits ont cependant guidé les archéologues allemands, au début de ce siècle, pour se repérer dans l'immensité et la difficulté du site. Ils fournissent des informations sur la topographie de la ville.
Hérodote (env. 485-420 av. J.-C), dans ses Histoires (I, 178-186), décrit la ville moins de cent ans après la chute de la dynastie néo-babylonienne, pendant la domination perse. On y écrit encore en akkadien cunéiforme et la science babylonienne des savants dits “ Chaldéens ” est à son apogée. Il évoque les murailles d'enceinte, le complexe cultuel de Marduk et les cérémonies qui s'y déroulaient, décrit le cours de l'Euphrate, le réseau des rues et les travaux hydrauliques. Il livre des informations sur la géographie, les mœurs, les institutions et la vie quotidienne des Babyloniens. Hérodote n’a peut-être pas visité la Babylonie, mais il se fonde sur des récits de voyageurs anciens ou les témoignages de Babyloniens ayant connu la ville au temps de sa splendeur, avant les dommages causés par Xerxès I en 482 av. J.-C. S’il rapporte des informations historiques dignes de foi, il introduit cependant les premiers éléments de légendes à venir, notamment celles de Sardanapale (un mélange des personnalités d’Assurbanipal d’Assyrie et de son frère Shamash-shum-ukin, qui régna sur Babylone), de Sémiramis et de Nitocris (alias Nabuchodonosor II).
La légende de Babylone se transmit de génération en génération, reposant sur des sources de second ou de troisième degré. A l’époque hellénistique, naît la tradition des « merveilles du monde », parmi lesquelles Babylone occupe une place de choix, avec ses murailles, son pont sur l’Euphrate et ses jardins suspendus. Les jardins fabuleux constituent une tradition moins unanime à l’origine que les défenses de la ville, mais ce sont eux que la tradition a conservés dans la liste canonique des Sept Merveilles du Monde antique. Babylone poursuivant son déclin, seul le jardin, situé sur le mur, subsista.
Les auteurs récents, rapportent des traditions plus anciennes et surtout celle de Ctésias de Cnide, qui fut médecin du roi Perse Artaxerxès II, au début du IVe siècle av. J.-C. et dont l'œuvre originale (Persika) est perdue. Diodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historique (II, 7-11), au Ier siècle av. J.-C., emprunte ses renseignements sur Babylone à Ctésias. Certains grands monuments qu’il décrit sont encore ceux qui furent construits par Nabuchodonosor II, au début du VIe siècle av. J.C. Il parle plus particulièrement des murs d'enceinte et du palais, avec ses décors de briques émaillées, et des jardins suspendus.
Strabon (vers 58 av. -20 ap. J.-C), dans sa Géographie (16, I: 5), décrit Babylone et son enceinte comme une des sept merveilles du monde, ainsi que le jardin suspendu. Quinte Curce, au Ier siècle de notre ère, dans l’Histoire d'Alexandre (V, 1), parle notamment du pont sur l’Euphrate et des jardins suspendus. On peut encore citer Pline l'Ancien (Histoire Naturelle, VI), l’historien grec Arrien (Anabase, VII, 17); ou encore l'historien latin Justin (Histoire universelle, I). Ammien Marcellin qui accompagne l'empereur Julien dans son expédition contre les Perses, en l'an 363 de notre ère, rapporte la légende de la construction de la grande Babylone dans ses Rerum gestarum (XXIII, 6). Au début du IIIe siècle av. J.-C., Bérose, un prêtre de Marduk à Babylone, réalise le lien entre les sources babyloniennes et les sources classiques. Il écrivit en grec une histoire de son pays, nommée Babyloniaca (ou Chaldaica), dédiée à Antiochos Ier et dont il ne reste que des "fragments" ou des "relations", faites notamment par Flavius Josèphe (Ier siècle), Abydène (IIe siècle), Eusèbe de Césarée, ou Clément d'Alexandrie (IVe siècle), à partir d’une compilation d’Alexandre Polyhistor (Ier siècle). Son livre III de Bérose, repris par Eusèbe de Césarée, dans sa Chronique, donne une chronologie des rois qui ont régné sur Babylone, depuis Teglat-Phalasar III, roi d'Assyrie (à la fin du VIIIe siècle av. J.-C.), jusqu'à Alexandre le Grand. Bérose traduisit “ les archives qui avaient été gardées avec grand soin par les prêtres de Babylone depuis une longue période ...et ces archives contiennent l'histoire du ciel et de la terre, de la première création et des rois, ainsi que les actes accomplis sous leurs règnes ” (Fragmenta I,1). Des éléments que l'on peut mettre en parallèle avec les chroniques babyloniennes, montrent qu'elles sont ses sources.
Au début du IIe siècle de notre ère, Ptolémée (Claudius Ptolemaus), dressa une liste des rois de Babylone appelée le “ Canon de Ptolémée ”. Il commence par le règne de Nabonassar, au VIIIe siècle av. J.-C. Cette liste royale s'inspire de l'œuvre de Bérose, de même que son histoire des observations astronomiques babyloniennes. Son œuvre domina les connaissances du Moyen âge et de la Renaissance.