les Kassites

Vers 1595, après un raid des Hittites venus d’Anatolie, les premiers rois de Babylone dont nous avons mention appartiennent à la dynastie kassite. Les Kassites – peuple tribal d’origine inconnue, présent en faible nombre dans le pays au moins depuis le règne du fils de Hammurabi, Samsu-Iluna (1749-1712) – sont devenus un peuple de soldats et d’ouvriers agricoles tranquilles après s’être comportés dans un premier temps en ennemis. Les Kassites règnent sur Babylone pendant plus de 400 ans. Les inscriptions officielles ne mentionnent le plus souvent que la construction de temples et de palais et des dédicaces aux dieux auxquels les édifices étaient consacrés. A Babylone même, les traces archéologiques de la période kassite sont rares. Leur histoire militaire n’est connue qu’au travers de quelques références dans des documents épars, et ce sont essentiellement les archives de pays étrangers qui nous renseignent sur l’histoire de leurs relations internationales.
Nous savons peu de chose des débuts de la dynastie kassite. Son règne semble s’être limité au nord et au centre de la Babylonie jusque vers 1475 av. J.-C., date à laquelle le sud du pays passa sous l’autorité du prince Ulam-Buriash – frère du roi Kashtiliashu III – , qui se donna le titre de « roi du Pays de la mer » (rien ne prouve qu’il ait régné sur Babylone même). L’unification politique qui s’ensuit en Babylonie met fin aux rivalités entre les cités-états et donne naissance à un modèle politique, qui subsiste tant que dure l’indépendance du royaume. La stabilité politique du pays se trouve en outre renforcée par le maintien du pouvoir royal entre les mains d’une seule et même famille pendant plus de 200 ans et une supériorité militaire par rapport aux pays limitrophes, accrue grâce à des innovations dans le domaine du charronnage et un traditionnel savoir-faire dans l’élevage des chevaux, deux facteurs cruciaux dans l’art de la guerre à la fin de l’Âge du Bronze. Les Kassites créent en outre, pour l’administration et l’imposition des provinces, un système hiérarchique qui perdure, moyennant quelques changements mineurs, plus de 800 ans.
Après des débuts obscurs, la dynastie kassite connaît vers 1400 av. J.-C. un rayonnement international. Les rois kassites établissent des relations diplomatiques avec l’Égypte, le Hatti (en Anatolie), l’Assyrie et l’Élam, et renforcent ces liens en arrangeant des mariages avec les autres familles royales. La Babylonie fait partie d’un vaste réseau commercial qui s’étend de la mer Égée à l’Afghanistan et au sud du Golfe persique. Les textiles, chevaux et chars babyloniens sont vendus à l’ouest de même que des articles de luxe en transit comme le lapis-lazuli. Les marchands babyloniens se rendent dans toute la Syrie et la Palestine, et des sceaux-cylindres babyloniens parviennent jusqu’à Thèbes en Grèce. Des métaux précieux – et tout particulièrement l’or – , arrivent en contrepartie massivement en Babylonie.
Sous la dynastie kassite, la Babylonie connaît une renaissance culturelle. Bien que d’origine étrangère, les Kassites respectent la culture et les pratiques religieuses des autochtones : ils font édifier des temples aux divinités traditionnelles et promeuvent essentiellement l’emploi du sumérien et de l’akkadien dans les documents écrits. Les écoles de scribes poursuivent leurs activités, notamment à Nippur et Ur ; parmi les grandes familles de scribes du premier millénaire av. J.-C., nombreuses sont celles qui remontent au XVe ou XIVe siècle. Le calendrier babylonien et les méthodes de décompte du temps sont repensés et simplifiés. Les médecins babyloniens sont très sollicités tant à l’étranger que dans le pays même. Les artisans locaux font figure de pionniers dans le domaine de la fabrication du verre, alors en plein développement ; ils expérimentent de nouvelles formes artistiques tant pour les stèles (tels les kudurru actant les terres données par les rois) que pour la glyptique ; les artisans pratiquent beaucoup la sculpture sur brique moulée pour les décors architecturaux. Ils acquièrent grâce à ce talent artistique une réputation internationale et, au xiiie siècle, le roi hittite Hattushili III demande instamment à son homologue babylonien de bien vouloir lui envoyer un de ses sculpteurs.
La dynastie semble avoir été à son apogée de 1400 à 1225. C’est au cours de cette période que le roi Kurigalzu 1er (vers 1385) fait construire au nord de Babylone une nouvelle ville fort impressionnante, Dur-Kurigalzu, conçue comme une seconde capitale. Ce roi et ses successeurs font en outre reconstruire ou réparer les principaux temples de toutes les grandes villes du royaume.
À partir de 1225, la Babylonie connaît un revers de fortune. L’Assyrie envahit le pays, vainc le roi Kashtiliashu IV (1232-1225) et le destitue. Profitant de l’affaiblissement du pays, l’Élam attaque Nippur et Isin. Le gouvernement central est confié à des Assyriens. En deux décennies, la Babylonie reprend cependant assez de force pour vaincre l’Assyrie et s’immiscer dans ses affaires intérieures. Au début du XIIe siècle, notamment sous le règne de Meli-Shipak (1186-1172) et de Marduk-apla-iddina 1er (1171-1159), le pays redevient prospère, et des expéditions commerciales reprennent en direction de la Syrie et des montagnes du nord-est.
En 1158, l’Assyrie et l’Élam envahissent le pays, et le roi d’Élam dépose le roi de Babylonie.En quelques années, la dynastie kassite non seulement s’effondre sous la pression de ses voisins, mais est en outre humiliée par la déportation en exil de la statue de culte de son dieu protecteur, Marduk.

Nabuchodonosor 1er (1125-1104 avant J.-C.) et Babylone à la fin du IIe millénaire avant J.-C.

Avec l’effondrement de la dynastie kassite les armées élamites ravagent le pays, et tout particulièrement le nord et l’est. Une nouvelle dynastie autochtone, installée initialement à Isin, en Babylonie centrale, commence lentement à prendre le contrôle de la région, mais tout d’abord de façon assez timide. Elle opère ensuite dans l’ombre de l’Élam pendant plusieurs décennies. Cette seconde dynastie d’Isin (1157-1026 av. J.-C.) s’empare de Babylone, mais ses premières offensives militaires contre l’Élam et l’Assyrie restent sans effet.
Nabuchodonosor 1er (1125-1104), le quatrième roi de la dynastie mène une campagne surprise et s’enfonce avec ses troupes dans le territoire élamite ; Nabuchodonosor défait le roi élamite Hutelutush et reprend possession de la statue de Marduk. Cette campagne et le retour de Marduk dans son temple marquent un tournant dans l’histoire de la Babylonie. Le triomphe de Nabuchodonosor et la vénération de Marduk donnent lieu à une multitude d’épopées, d’hymnes et de présages, que les scribes allaient continuer à copier pendant des centaines d’années.
Au cours du quart de siècle suivant, Babylone conserve sa supériorité militaire mais les Assyriens ne tardent pas à être au moins aussi puissants que leurs voisins du sud sous le règne du dynamique Teglath-Phalasar 1er (1114-1076), qui envahit le nord de la Babylonie dont la capitale. Peu de temps après, vers 1080, la Babylonie et l’Assyrie se trouvent toutes deux confrontées à un nouvel ennemi : les Araméens –et ce pendant plus d’un siècle - affluent en Babylonie et en Assyrie, mettant à sac les villes, pillant les temples et coupant les routes commerciales, y compris celle entre la Babylonie et l’Assyrie.