La Redécouverte de Babylone par les voyageurs

Babylone demeura un nom emblématique dans notre tradition ; mais l’emplacement du lieu dans lequel elle s’était épanouie et où survivaient encore ses ruines se perdit. En revanche, les arabes et les juifs d’Irak en conservèrent la connaissance.
Deux voyageurs juifs, Benjamin de Tudèle de retour en Espagne en 1173, et Petahia de Ratisbonne qui se rendit sur le site avant 1187 furent les premiers à apporter leur témoignage, au cœur du Moyen-Âge. Mais les scorpions et les serpents qui en infestaient les ruines tinrent le premier éloigné du lieu sinistre du palais de Nabuchodonosor II alors que le second fut davantage attiré par les reliques attribuées au prophète Daniel.
Dès le dernier quart du XVIe siècle, nombreux sont ceux qui publient un rapport de voyage après avoir parcouru les routes de la Mésopotamie pour des motifs d’abord commerciaux, puis diplomatiques, scientifiques ou simplement par désir de courir le monde. Mais la route de Babylone est excentrée. En revanche, ils empruntaient habituellement une route passant à proximité des ruines de la ziggurat d’‘Aqarquf qu’ils identifièrent à tort à la tour de Babel. Cette notion erronée s’imposa dès lors. La diffusion de la culture humaniste conduisant à la dénomination de Bagdad comme (Nouvelle) Babylone encouragea ainsi l’erreur. L’existence non loin de là des ruines d’une grande cité antique, d’un vieux pont, d’un bras saisonnier de l’Euphrate qui, partant de Fallujah s’unissait au Tigre à Bagdad, en était la confirmation.
Pietro della Valle rétablit la vérité en 1616. Il visite le tell Babel (Babil), qu’il attribue à la Tour (nous savons aujourd’hui qu’il s’agit du soi-disant « Palais d’Eté » de Nabuchodonosor) ; déçu par l’exiguïté de la ruine, il l’examine avec un esprit scientifique déjà extrêmement moderne et fait exécuter deux tableaux qui serviront par la suite au père Kircher pour illustrer son Turris Babel. Il est le premier voyageur à parcourir la Mésopotamie en compagnie d’un peintre professionnel, engagé expressément, notamment pour documenter les monuments archéologiques visités. La constante préoccupation historique qui complète son enquête minutieuse n’est en rien inférieure à la finesse de son observation, que l’on peut déjà qualifier d’archéologique. Cherchant, dans la continuité toponymique, les preuves qui identifient le site à l’antique Babylone, il les trouve, en appliquant un principe toujours d’actualité ; s’appuyant sur des bases linguistiques, il explique la correspondance de l’arabe Babel/Babil  avec le grec Babylon.
Les connaissances cartographiques du XVIe siècle au XVIIIe siècle sur la localisation de Babylone ne diffèrent pas de ces récits ; elles sont même plus homogènes. La confusion entre Babylone et Bagdad, entre l’Euphrate et le Tigre est une constante sur les cartes des grands cartographes du XVIe siècle. Les cartes du XVIIe siècle marquent un progrès décisif dans la représentation de l’hydrographie et de la topographie mésopotamiennes. C’est avec Guillaume de l’Isle, mort en 1726, que la relation entre Bagdad, Hilla et Babylone est définitivement établie de manière correcte. Ainsi se créent les bases de la représentation cartographique moderne menée à terme par Jean Bourguignon d’Anville. Ses observations sont réunies dans le volume de 1779, consacré aux deux fleuves, et dans lequel il confronte les sources anciennes, les sources orientales, les données des voyageurs et des cartographes modernes, qu’il complète par une carte géographique détaillée.
Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, la France occupe le premier rang dans les prémices des recherches historico-archéologiques sur les localités de l’Orient antique et sur Babylone en particulier. Joseph de Beauchamp, vicaire pontifical en 1782, astronome et homme de science, explore Babylone et d’autres sites archéologiques en interrogeant les habitants des alentours et assiste à des fouilles effectuées par les paysans pour récupérer des briques cuites antiques ; il nous apprend qu’ « en creusant la terre, ils ont trouvé “ une chambre, sur un mur de laquelle il y avait une vache formée avec des briques vernies...ce qui pourrait jeter encore quelques lumières sur l’ancienne religion de la Chaldée ». Beauchamp reste le premier à mettre en relation les caractères cunéiformes des briques babyloniennes et l’écriture monumentale de Persépolis.
Désormais, l’intérêt croissant porté aux antiquités, à l’histoire et à la linguistique ouvrent la voie aux premières explorations archéologiques : celles des anglais au début du XIXe siècle suivies avant 1850 par les fouilles de Paul Emile Botta qui remettent au jour la grandeur de la civilisation assyrienne.

Les Anglais et les Français à Babylone au XIXe siècle

En 1801 était arrivée à Londres une grande tablette en pierre, que Sir Harford Jones Bridges, en poste à Bagdad pour le compte de la Compagnie des Indes orientales, avait offerte au musée de la Maison des Indes orientales. A partir de ce moment-là, les Britanniques commencèrent à s’intéresser sérieusement à Babylone
Claudius James Rich, en 1808, fut nommé à Bagdad, où il commença une brillante carrière de diplomate ; en 1811, il visita Babylone et établit la première carte topographique précise du site. Au cours des années suivantes, il entreprit de petites fouilles et trouva une série de pièces archéologiques qu’il expédia en Angleterre, notamment la stèle de Nabonide (BM 90837) mais aussi des briques inscrites, des tablettes d’argile et des sceaux-cylindres portant des inscriptions. Il publia ses découvertes en 1815 dans Memoir on the Ruins of Babylon (Voyage aux ruines de Babylone) et en 1818 dans Second Memoir on Babylone (« Second Mémoire sur Babylone »). Il mourut prématurément à 35 ans et sa collection fut vendu au British Museum .
En 1818, Sir Robert Ker Porter visita Babylone. Il peignit les ruines de la ville ainsi que celles de Borsippa, située non loin de là (et alors considérée par beaucoup comme le site de la tour de Babel). En 1822, il publia un livre illustré qui eut beaucoup de succès : Travels in Georgia, Persia, Armenia, Ancient Babylonia (« Voyages en Géorgie, Perse, Arménie et dans l’ancienne Babylonie »).
Carl Bellino qui avait servi de guide à Ker Porter à Babylone n’était autre que le jeune secrétaire allemand de Claudius Rich. Dans une lettre de 1819, Rich le décrivit ainsi : « Bellino est toujours aussi zélé, à vrai dire bien trop, car je ne parviens guère à l’extraire de son bureau ou à le persuader, pour son bien, de faire de l’exercice. C’est une encyclopédie vivante des plus volumineuses. » Il était passé maître dans l’art de copier les inscriptions ; ses copies, publiées dans les ouvrages de Grotefend, Rich et Ker Porter, sont d’une remarquable précision, ce qui est d’autant plus étonnant qu’à l’époque l’écriture cunéiforme n’avait pas encore été déchiffrée.
le capitaine Robert Mignan, effectua des fouilles à deux reprises dans les années 1830. En 1850, Austin Henry Layard trouva de nombreuses sépultures tardives et toute une variété d’artefacts, dont des bols portant des incantations en araméen et quelques fragments de briques émaillées provenant du palais de Nabuchodonosor ; la signification de ces fragments allait cependant demeurer une énigme pendant de nombreuses décennies. Layard envoya au British Museum les pièces qu’il avait découvertes, mais ne tarda pas à renoncer à ses recherches car, par rapport aux vestiges spectaculaires qu’il avait trouvés en Assyrie, Babylone ne fournissait guère de pièces dignes d’intérêt.
Les objets découverts par les premiers archéologues aboutirent au Département des antiquités du British Museum, où Samuel Birch était conservateur adjoint ; en 1860, lorsqu’est créé un département des antiquités orientales, il se voit confier le poste de conservateur entouré de George Smith, Theophilus Pinches et Wallis Budge qui allaient apporter leur contribution à l’avancement des connaissances.
En 1879, Hormuzd Rassam, fils d’une famille chaldéenne chrétienne de Mossoul, reprit les fouilles à Babylone afin entre autres de sauver quelques tablettes, car le site faisait alors l’objet de nombreux pillages. Il avait appris le métier en travaillant avec Layard. Rassam trouva à Babylone le cylindre de Cyrus (BM 90920) et de nombreuses tablettes qui nous aident aujourd’hui à comprendre la vie quotidienne dans cette ancienne grande ville. Rassam fut le premier à fournir le plan d’un temple babylonien classique, à savoir celui du dieu Nabû à Borsippa.

En 1851, l'Expédition française dirigée par Fulgence Fresnel, secondé par l'épigraphiste Jules Oppert et l'architecte Félix Thomas, après un interminable voyage, s'enlisa de longs mois à Bagdad, l'insécurité l'empêchant de se rendre sur le site de Babylone. Le résultat ne fut pas heureux ; cependant le site de la Babylone antique était définitivement fixé et reconnu. Textes en main, elle prouvait que le Kasr était ce fameux Palais des Merveilles décrit par Hérodote et par Ctésias. Elle avait exhumé des textes et une collection de briques à glaçure sans équivalent hélas, disparus dans un naufrage en 1855. C’est à Oppert que revint le mérite, prélude d’une glorieuse carrière, de faire connaître les résultats de cette mission qu’il rassembla sous la forme d’un atlas – complété par quelques eaux-fortes exécutées par Thomas –, d’un corpus de documents épigraphiques et d’une relation de voyage.
Henri-Pacifique Delaporte, nommé au consulat de Bagdad en octobre 1862, il entreprend aussitôt une ample excursion archéologique à travers la Mésopotamie. Celle-ci se révélait heureuse puisqu’il découvrit à Nimrud un ensemble non négligeable de reliefs assyriens et à Babylone, fortuitement, une tombe inviolée d'époque parthe qu'il identifie comme « gréco-babylonienne ».
Par la suite, si le site Babylone n'attira plus les archéologues français pour y faire des recherches, à l'occasion, ils ne manquèrent pas de le visiter.

Les fouilles allemandes à Babylone et la “querelle Babel et la Bibel” (Der « Babel-Bibel-Streit »)
L’Allemagne ne s’engagea qu’assez tardivement dans l’exploration archéologique de la Mésopotamie. Cependant, des savants allemands ont eux aussi contribué de manière décisive à la découverte de la civilisation mésopotamienne notamment en 1802 avec le premier déchiffrement de l’écriture cunéiforme par G.F. Grotefend. Pourtant, dès 1855, une collection d’antiquités orientales acquise sur le marché de l’art commença à se constituer à Berlin. Il manquait toutefois le contexte scientifique, ce qui obligea les spécialistes allemands de l’écriture cunéiforme à travailler essentiellement à Londres jusqu’à la fin du XIXe siècle.
En 1887, à la demande des musées prussiens, Robert Koldewey entreprend une première expédition en Mésopotamie afin de chercher d’éventuelles ruines à fouiller. Le choix de Koldewey s’arrêta sur Babylone, site chargé de symboles ; personne jusqu’à présent ne s’était risqué à y entreprendre de véritables fouilles archéologiques, en raison de l’ampleur des ruines et de l’absence de constructions aisément discernables comme en Assyrie. La décision fut prise : Babylone serait le lieu des fouilles commissionnées par les musées de Berlin. Le premier coup de pioche fut donné le 26 mars 1898, avec d’abord 24 ouvriers, toute l’équipe étant encore logée dans des tentes. Les fouilles allaient durer, avec quelques brèves interruptions, jusqu’en mars 1917.
Aucun objectif prioritaire n’avait été fixé à l’avance. Il fut décidé qu’il fallait, « à côté de l’exploitation scientifique au profit de l’assyriologie et de l’histoire de l’art, rapporter des sculptures et autres antiquités pour les musées royaux de Berlin ». Les vestiges de constructions qui seraient découverts devaient être documentés pour servir plus tard de base à des publications. Un soin particulier devait être en outre accordé aux photographies.
Les journaux de fouilles, comme les publications, sont émaillés de références aux récits des auteurs grecs et aux passages bibliques correspondants, lorsqu’il s’agit de discuter de trouvailles qui, pour la plus grande perplexité des fouilleurs, semblaient parfois se refuser à toute concordance ; il apparut que les édifices exhumés s’écartaient des descriptions des écrivains antiques. En revanche, les fouilles allemandes attestèrent l’existence historique de la “Tour de Babel”. Les résultats, dans leur ensemble, suscitèrent surprise et admiration en Europe.
De nouvelles fouilles allemandes sont menées à partir de 1962 par le Deutsches Archäologisches Institut, section Bagdad, en coopération avec l’administration des antiquités irakiennes. L’objectif était surtout de déterminer les liens, encore imprécis, entre la tour et ses bâtiments environnants, et de dater le noyau conservé de la tour à étages. Ces investigations, ainsi que la comparaison avec la ziggurat de Borsippa fouillée par des archéologues autrichiens, permirent des recherches complémentaires qui aboutirent en 1981 à une meilleure reconstitution de la tour. Une nouvelle maquette est désormais exposée au Vorderasiatisches Museum de Berlin.

En 1875, l’assyriologue anglais George Smith publia un ouvrage sous le titre : The Chaldean Account of Genesis, containing the description of the creation, the fall of man, the deluge, the tower of Babel, the time of the patriarchs, and Nimrod ; Babylonian fables, and legends of the gods, from the cuneiform inscriptions. Les promesses du titre étaient assurément excessives : ni le Péché originel, ni l’histoire de la construction de la Tour, pas plus que les patriarches bibliques ou le chasseur Nemrod ne figurent dans la littérature de la Mésopotamie antique. Pourtant, le parallèle avec le Déluge dans l’Épopée de Gilgamesh revêtait en soi un intérêt suffisant, qui ne cessa d’ailleurs de s’accroître sous le fait des exagérations relatives au rapprochement entre Babylone et la Bible.
En 1898, à Berlin, est fondée la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG) (« Société allemande pour l’Orient ») dont l’objectif premier en était de financer et d’organiser des fouilles en Mésopotamie. On comptait parmi les fondateurs non seulement des savants, mais aussi des personnalités de haut rang issues de l’économie et de la politique. L’empereur Guillaume II, qui s’intéressait lui-même fortement à l’archéologie, accepta en 1901 de devenir Protektor (« Protecteur ») de l’institution, ce qui entraîna l’arrivée d’importantes subventions provenant aussi bien du « fonds de disposition » impérial que du ministère des Finances prussien. Les fouilles purent ainsi commencer à Babylone dès 1899, suivies bientôt par d’autres campagnes notamment à Assur.
La DOG organisa chaque année une conférence solennelle à l’Académie de chant de Berlin à laquelle participa régulièrement l’empereur, s’efforçant de communiquer à ses bienfaiteurs à la fois le bilan des fouilles et les résultats importants des recherches, sous une forme accessible à un public non averti et dans un cadre prestigieux. Pour la conférence du 13 janvier 1902, la direction de la DOG invita Delitzsch, directeur du nouveau département du Proche-Orient (Vorderasiatische Abteilung) des musées royaux et choisit pour thème « Babel et la Bible » ; Delitzsch était certainement l’assyriologue le plus réputé et le plus estimé, même au-delà des cercles spécialisés. Il se montra convaincu que l’un des objectifs majeurs des fouilles mésopotamiennes et des études assyriologiques était une meilleure compréhension de la Bible et que les recherches actuelles allaient marquer l’avènement d’une « nouvelle époque… quant à l’appréciation de l’Ancien Testament ». Delitzsch affirma que le monothéisme sémitique originel avait disparu au fil du temps, au profit du polythéisme ancré depuis longtemps en Babylonie ; il ajouta que les éléments babyloniens de la Bible – comme le récit du Déluge – relevait d’une tradition secondaire et partiellement mal comprise originaire de Babylonie, si bien qu’« à notre pensée religieuse restaient attachés, par le truchement de la Bible, encore bien des éléments babyloniens ». À la suite de la parution, la même année, de la version imprimée de sa conférence, une controverse publique s’enflamma, qui s’exprima dans des brochures et d’innombrables articles de journaux. La satire s’empara du sujet et sur la page de titre de l’édition de 1903/6 des Lustige Blätter, revue satirique fondée en 1885, figure une scène de procès : sur le banc des accusés est assis Moïse ; le plaignant, qu’une légende identifie à Delitzsch, renvoie aux Tables de la Loi et affirme que Moïse ne les a pas reçues sur le mont Sinaï, mais les a dérobées dans la bibliothèque royale de Babylone. Représenté en pasteur protestant, l’avocat plaidant fait peut-être référence au politicien conservateur et ancien prédicateur de la cour Adolf Stoecker (1835-1909) ; désignant le ciel, il se réserve l’assignation d’un important témoin à décharge.
Un an après sa première conférence, au même endroit et à nouveau en présence de l’empereur, mais cette fois devant un public de quelque mille personnes dont le chancelier du Reich, Delitzsch prononça une seconde conférence sur le même thème. Au cours de la discussion publique virulente qui s’ensuivit, l’empereur se retrouva dans une situation délicate. En tant que summus episcopus (« évêque suprême ») de l’Église luthérienne de Prusse, il devait tenir compte de sa position éminente dans la hiérarchie ecclésiastique. La situation se fit plus critique encore lorsque Delitzsch, au-delà de l’Ancien Testament, introduisit également le Nouveau Testament dans la discussion.
A droite comme à gauche, fut établi un rapprochement entre les positions de Delitzsch et celles de la social-démocratie. Guillaume II eut donc recours à la solution d’une lettre privée à l’ancien amiral Hollmann, directeur adjoint de la DOG dans laquelle il prend ses distances par rapport à Delitzsch, du moins dans ses allusions au Nouveau Testament, et l’accuse d’avoir « abordé de manière très polémique la question de la Révélation, et de l’avoir plus ou moins niée ou plus exactement d’avoir prétendu pouvoir la ramener à des faits historiques purement humains ». Destinée à être publiée, cette lettre fut en effet amplement discutée, et contribua à un certain apaisement.
Dans la prise de position personnelle de Delitzsch à l’égard de cette polémique, le rejet de l’Ancien Testament acquiert une connotation antisémite, qui dominera entièrement sa vision dans son texte Die Grosse Täuschung paru en 1920.
Au cours du fameux Babel-Bibel-Streit, Babylone devint de plus en plus un symbole n’ayant plus de rapport direct avec l’exploration archéologique et philologico-historique de Babylone et de la Mésopotamie antique dans son ensemble. Pendant quelques années, en Allemagne, elle n’en attira pas moins l’attention d’un large public sur l’Orient ancien et sur sa découverte, d’une manière inconnue jusqu’alors et qui ne se renouvellera jamais par la suite.

Les fouilles italiennes et irakiennes
En septembre 1974, la Direction Générale des Antiquités Iraquiennes confiait à l’Institut Italo-iraquien d’Archéologie de Bagdad l’étude préliminaire d’un projet de restauration et de valorisation du site de Babylone. Son objectif principal était de retarder la dégradation – due à l’érosion et à la remontée de la nappe phréatique – et également de redonner une lisibilité architecturale aux restes de la cité antique. Cette étude s’est poursuivie jusqu’en 1977.
Des fouilles et prospections ont été menées de 1987 à 1989 sur des problématiques concernant l’agencement urbain. Cette campagne a malheureusement été interrompue en raison de la guerre.

La majeure partie de la Babylone qui est aujourd’hui visible sur le terrain correspond à la grande cité biblique des souverains de la dynastie chaldéenne (626-539 avant J.-C.). Les niveaux les plus anciens de la ville sur l’Euphrate, demeurent pratiquement inconnus sur le plan archéologique. Les textes cunéiformes eux-mêmes nous en apprennent peu sur la structure de la ville et sur le véritable aspect des édifices monumentaux de Babylone. Pour cette raison, un vaste projet de recherche consacré à toute la zone citadine de Babylone a été mis en place, impliquant une équipe d’experts, afin d’étudier, plus particulièrement, la succession des phases d’occupation et de l’aménagement urbanistique. Parmi les programmes interdisciplinaires d’analyse archéologique, une nouvelle lecture sémiologique du territoire urbain de la cité est prévue. La lecture des signes et des traces, passées et présentes, visibles sur le terrain à partir de la documentation disponible, repose sur la méthode bien rodée de l’analyse interprétative, du télérelevé d’images satellites et de photos aériennes prises à différents moments. L’objectif proposé consiste à repérer les anciennes stratifications urbaines et leurs interrelations, afin de mettre en évidence non seulement les phases du développement historique de la ville d’époque néobabylonienne, mais également les couches archéologiques plus anciennes et plus récentes de Babylone. Le contrôle direct sur le terrain n’étant pas actuellement possible, la base archéologique à utiliser pour une interprétation sémiologique repose sur les publications des fouilles allemandes et irakiennes.
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